Carcasses oubliées
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“Le silence des machines en dit souvent plus que leur vacarme passé.„
Souvenirs d’un monde en mouvement.
Je n’ai jamais eu d’intérêt particulier pour les voitures. Les marques, les modèles, les années, tout cela m’échappe complètement. Et pourtant, cela ne m’empêche pas de trouver un certain charme à ces vieilles carcasses abandonnées. Une silhouette rouillée et cabossée, des vitres brisées, envahie par la mousse ou les ronces. Plus le véhicule est marqué par les années, plus il m’attire. Ces vieilles carcasses dégagent une étrange dignité. Chaque bosse, chaque trace d’usure murmure les souvenirs d’un passé disparu, dont seul le métal garde encore la mémoire.
Je suis souvent plus attiré par des véhicules moins communs que les simples voitures : avions, camions, véhicules militaires ou encore les trains. Il y a quelque chose de profondément fascinant à découvrir, au détour d’un sentier, un petit avion abandonné en pleine nature, ou à apercevoir derrière un hangar des avions de chasse silencieux, cloués au sol pour toujours. Parfois, c’est un vieux camion de pompier envahi par les ronces, ou un ancien tram rongé par la rouille, qui surgit du passé.
Ce que j’aime, c’est l’immobilité de ces géants autrefois en mouvement. Ils ont roulé, volé, parcouru des kilomètres, peut-être sauvé des vies, transporté des familles, vécu des histoires. Aujourd’hui, ils sont immobiles. Leur dernier voyage, c’est celui que je leur offre à travers mon objectif.
Photographier ces machines figées, c’est figer le mouvement lui-même. C’est tenter de capter la poésie du métal à l’arrêt, du moteur silencieux, du voyage interrompu. Parce qu’en fin de compte, même les carcasses racontent des histoires. Et souvent, ce sont les plus silencieuses qui parlent le plus fort.