Fragments de vie
Écouter audio
“Les objets inanimés ont parfois une âme qui nous parle.„
Alphonse de Lamartine
L’intimité des lieux.
Explorer des maisons, des manoirs ou des châteaux abandonnés est sans doute ce que je préfère dans la pratique de l’exploration urbaine. J’ai une attirance naturelle pour les lieux à taille humaine, pour cette forme d’intimité qui s’en dégage.
Contrairement aux sites industriels, souvent vastes, labyrinthiques et impersonnels, les habitations offrent un espace plus contenu, presque familier. Je peux les parcourir pièce par pièce, méthodiquement, sans me perdre dans un enchevêtrement de couloirs ou d’escaliers. Dans une maison, tout est à échelle humaine : on comprend la structure, on devine la vie qui s’y est déroulée.
Le risque est bien sûr présent partout, mais dans le résidentiel, il me semble plus mesuré. Quand on explore seul, comme c’est mon cas, cette relative sécurité compte. On est plus visible, plus localisable, et les dangers, bien que réels, paraissent moins extrêmes. Un plancher peut céder sous vos pieds dans une chambre, mais cela reste bien moins critique qu’un escalier rouillé suspendu à dix mètres du sol dans une usine isolée.
Mais ce que j’aime par-dessus tout dans ces lieux, ce sont les traces du quotidien : une ancienne télévision, une vieille radio, quelques assiettes encore rangées dans une armoire. Ce sont ces objets silencieux qui racontent le plus. Ils donnent une âme à l’espace, une densité émotionnelle que je cherche à capturer.
Il n’est pas rare que je passe quatre ou cinq heures dans une maison encore meublée, absorbé par chaque détail. Lorsque je ressors, j’ai souvent le sentiment d’avoir tout vu, tout ressenti, et d’avoir accompli ce pour quoi j’étais venu : photographier non pas uniquement le lieu, mais ce qu’il reste d’une vie.