Empreintes ouvrieres
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“Ce n’est pas la rouille qui tue l’usine, c’est l’oubli.„
Jean-Pierre Siméon
Le passé à l’état brut.
L’exploration industrielle n’est pas celle qui me touche le plus instinctivement, mais elle exerce une forme de fascination difficile à ignorer. Ces sites immenses, ces cathédrales d’acier et de béton, me happent dès que j’y pénètre. L’échelle démesurée, la rugosité des matériaux, le silence pesant… Tout y est impressionnant, presque écrasant.
Quand je me retrouve face à ces machines rouillées, figées dans le temps, je ne peux m’empêcher d’imaginer l’effervescence qui les animait autrefois : le vacarme des chaînes de production, les cris échappés des postes de travail, la cadence des ouvriers s’activant avec précision. Puis, un jour, tout s’est tu. Les lumières se sont éteintes. Les hommes sont partis. Et il ne reste plus que les traces. Des empreintes de sueur, de vie, de gestes répétés pendant des années.
Photographier ces lieux, c’est tenter de faire revivre ce passé, ne serait-ce qu’un instant. J’essaie de capter l’âme des ateliers désertés, de donner une voix aux machines muettes, de faire parler les murs, les rouages, les lignes de production.
Il m’arrive de prendre en photo des outils ou des engins sans savoir à quoi ils servaient. Mais peu importe. Leur fonction est devenue secondaire. Ce que je cherche à révéler, c’est leur beauté brute, leur poids symbolique, leur silence chargé d’histoires.
Qu’il s’agisse de charbonnages, de hauts-fourneaux ou d’entreprises artisanales comme des poteries ou des ardoiseries, chaque lieu exploré me donne le sentiment de contribuer modestement à un travail de mémoire. Ce n’est pas seulement l’histoire industrielle que je documente, c’est la mémoire ouvrière, celle de ceux dont le labeur a façonné les murs que je photographie.